A travers un décret rendu public dans la soirée de ce dimanche 19 octobre 2025, Sidy Souleymane N’Diaye a été nommé Procureur Général près la Cour suprême. Il était jusque-là avocat général de ladite cour. Faut-il rappeler que le magistrat Sidy Souleymane N’Diaye a longtemps été procureur de la république près le tribunal de première instance de Dixinn sous le régime d’Alpha Condé.
Le 19 octobre 2025, un décret présidentiel a officialisé la nomination de Sidy Souleymane N’Diaye en tant que Procureur général près la Cour suprême de Guinée. Cette décision s’inscrit dans une vaste réorganisation du haut de la magistrature introduite par le chef de la transition, le Mamadi Doumbouya, dans le but affiché de renforcer l’efficacité, l’indépendance et la crédibilité du pouvoir judiciaire guinéen.
Cette nomination revêt une importance particulière : en devenant le procureur général de la plus haute juridiction du pays, M. N’Diaye accède à un poste stratégique qui lui confère une influence notable sur l’orientation du parquet et la conduite des poursuites à un niveau très élevé. Le présent article propose d’analyser cette nomination sous trois angles : d’abord le contexte et la signification institutionnelle, ensuite le profil du nouveau titulaire et enfin les défis et attentes qui l’accompagnent.
Par décret présidentiel publié ce dimanche, le Général Mamadi Doumbouya a nommé Sidy Souleymane N’Diaye au poste de Procureur Général près la Cour suprême.
I. Contexte et portée institutionnelle
A. Le cadre de la nomination
La Cour suprême de Guinée constitue l’instance supérieure du système judiciaire du pays. Sa composition inclut notamment un Premier président, plusieurs présidents de chambres, un procureur général, ainsi que des avocats généraux. Le décret du 19 octobre 2025 a procédé à une « vague de nominations » engageant l’ensemble de la Cour suprême : les présidences de chambres civiles, commerciales et pénales, ainsi que la direction du parquet général, ont été redéfinies.
Dans ce cadre, la nomination de M. N’Diaye paraît répondre à deux objectifs : d’une part affirmer la volonté de la transition de « moraliser la justice et promouvoir une gouvernance fondée sur l’État de droit ». D’autre part, assurer la continuité d’un fonctionnement judiciaire stable en plaçant un magistrat expérimenté à la tête du parquet de la Cour suprême.
B. Signification de la fonction de Procureur général près la Cour suprême
Le procureur général près la Cour suprême joue un rôle déterminant dans l’appareil judiciaire guinéen : il coordonne le parquet auprès de la plus haute juridiction, assure la supervision des poursuites d’ampleur ou sensibles, et joue un rôle d’impulsion en matière d’application de la loi. Cette fonction lui confère une place de second rang après le Premier président de la Cour, en matière de préséance. En ce sens, la nomination de M. N’Diaye est un signal fort : ce n’est pas simplement un changement de nom, mais une indication de choix stratégique quant à la direction de la justice en période de transition.
II. Le profil de Sidy Souleymane N’Diaye
A. Parcours professionnel
Avant sa nomination, Sidy Souleymane N’Diaye occupait le poste d’avocat général près la Cour suprême. Il a également exercé comme procureur de la République près le tribunal de première instance de Dixinn. Ce parcours indique une trajectoire professionnelle solide dans la magistrature guinéenne, marquée par l’ascension vers des fonctions de plus en plus stratégiques.
B. Réputation et défis antérieurs
M. N’Diaye est décrit dans les médias comme un « magistrat reconnu pour sa rigueur et sa connaissance pointue des arcanes judiciaires ». Toutefois, son parcours comporte également des controverses : par exemple, un enregistrement audio lui ayant été attribué, dénoncé comme étant un « deepfake », mettait en cause son impartialité. Ce type d’incident souligne la difficulté pour un haut magistrat de maintenir non seulement une fonction, mais aussi une image publique sans équivoque dans un contexte de forte tension politique.
C. Opportunités apportées par cette nomination
L’arrivée de M. N’Diaye à ce poste lui offre la possibilité d’impulser des réformes du parquet, de promouvoir davantage la transparence des procédures et de contribuer à redynamiser la confiance des citoyens dans la justice. Elle marque aussi, pour lui, une étape importante de reconnaissance et de consolidation de sa carrière.
III. Enjeux, défis et attentes
A. Renforcer l’indépendance et l’efficacité de la justice
L’un des principaux défis pour M. N’Diaye sera de traduire en actes la volonté affichée de moralisation et d’efficience de la justice. Le décret de nomination l’inscrit dans une stratégie de transition visant à moderniser le système judiciaire. Concrètement, cela implique notamment :
- d’assurer que le parquet près la Cour suprême traite avec célérité et impartialité les dossiers sensibles ;
- de renforcer les garanties d’indépendance des magistrats vis-à-vis des pressions politiques ;
- d’améliorer la transparence et la communication autour des décisions judiciaires pour restaurer la confiance des citoyens.
B. Le contexte de la transition guinéenne
Cette nomination s’inscrit dans une période de transition politique en Guinée. Le contexte impose une vigilance particulière : toute décision judiciaire de portée politique peut être scrutée et soulever des questions sur l’équité du traitement. Le nouveau procureur général devra naviguer dans ce contexte avec prudence, veillant à ce que la justice ne soit pas perçue comme instrumentalisée.
C. Les attentes sociétales
Les citoyens guinéens attendent que la justice joue un rôle protecteur : non seulement pour les intérêts de l’État, mais pour la protection des droits individuels et collectifs. Le procureur général près la Cour suprême a donc un rôle symbolique et concret à remplir : garantir que les plus hauts standards de justice soient appliqués et que le parquet soit crédible. Une telle attente est d’autant plus forte dans un moment de transition où l’État de droit est un enjeu central.
La nomination de Sidy Souleymane N’Diaye comme Procureur général près la Cour suprême de Guinée marque un tournant à la fois pour la magistrature guinéenne et pour sa propre carrière. Elle incarne une volonté de renouveau et de professionnalisation de la justice dans un contexte politique riche en défis. Toutefois, l’impact réel de cette nomination dépendra largement de la manière dont il réussira à transformer les intentions en actions concrètes : garantir l’indépendance du parquet, restaurer la confiance dans les institutions judiciaires, et faire de la fonction de procureur général un vecteur de justice équitable et efficace. Dans un pays en transition, l’issue de cette nomination pourrait bien influer sur la trajectoire même de la gouvernance judiciaire.